Léa Brière-Godbout, lauréate de la bourse Vicomte-Bennett de l’ABC

Léa Brière-Godbout, lauréate de la bourse Vicomte-Bennett de l’ABC

Selon Léa Brière-Godbout, lauréate de la bourse Vicomte-Bennett de l’ABC, il existerait deux conceptions opposées de la discrimination.

PAR EMMANUELLE GRIL 11 – MAI 2020

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Cette année, c’est à Léa Brière-Godbout qu’est revenue la bourse Vicomte-Bennett remise par l’Association du Barreau canadien. Un prix prestigieux qui souligne l’impressionnante feuille de route de la jeune femme.

« La valeur n’attend point le nombre des années », écrivait Corneille dans sa célèbre pièce Le Cid. Cela s’applique en tout point à Léa Brière-Godbout, qui à 30 ans, est déjà diplômée en droit de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), du Barreau du Québec, détient une maîtrise en droit de l’Université Yale aux États-Unis et a entrepris un doctorat à l’Université de Toronto. Entre-temps, elle a aussi été clerc à la Cour d’appel du Québec auprès du juge François Doyon, et a occupé la même fonction à la Cour suprême du Canada auprès du juge en chef Richard Wagner.

Plusieurs prix ont souligné son excellence académique tout au long de son parcours, tant collégial qu’universitaire, et elle a remporté les plus grands honneurs lors du concours de plaidoirie bilingue Gale Cup en 2012. Elle a aussi participé à six reprises au Parlement jeunesse du Québec, et a été impliquée dans son organisation durant trois ans. Et malgré des études très prenantes, Léa Brière-Godbout s’est toujours efforcée d’effectuer une quinzaine d’heures hebdomadaires de bénévolat au sein de divers organismes. Un parcours sans faute pour la juriste qui souhaite pouvoir se consacrer à l’enseignement, une fois son doctorat en poche.

Deux visions de la discrimination

C’est le droit social qui aura été le fil conducteur de son cheminement académique. Diplômée d’un DEC en travail social en 2010, elle décide de poursuivre ses études à l’UQAM. « La Faculté de droit de cette université est orientée vers le droit social, et c’est la raison pour laquelle je souhaitais y étudier. J’ai suivi des cours sur le droit des femmes, le droit des rapports collectifs de travail, etc. Par la suite, mes études à Yale m’ont permis d’avoir une approche interdisciplinaire. Je me suis concentrée sur les questions d’intérêt public et des inégalités », explique-t-elle.

Son projet de thèse dans le cadre du doctorat qu’elle est en train de réaliser à l’Université de Toronto est d’ailleurs axé sur les thèmes de l’égalité et de la discrimination. « Celle-ci est habituellement invoquée par des groupes marginalisés qui revendiquent un traitement égal à celui du reste de la population. Par exemple les femmes qui réclament le droit de vote ou l’équité salariale. Or, ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est de voir des membres de groupes qui sont habituellement en position de force dire être victimes de discrimination dans certaines situations », décrit-elle. On peut penser aux hommes qui s’estiment discriminés parce que les organisatrices d’une manifestation féministe leur ont demandé de marcher en fin de cortège.

« Les tenants des deux camps estiment qu’ils vivent la même injustice et leurs positions sont assez tranchées. J’ai voulu comprendre pourquoi des groupes qui disent avoir les mêmes valeurs d’égalité ne l’appliquent pas de la même façon, ce qui constitue la base d’un désaccord fondamental », remarque Léa Brière-Godbout.

Selon la doctorante, il existerait deux conceptions opposées de la discrimination. D’un côté, elle parle d’une approche contextualisée, où la discrimination est un phénomène vécu par des individus qui appartiennent à des groupes vivant de l’exclusion, de la marginalisation et des désavantages, par exemple les femmes et les personnes racisées. De ce fait, les pratiques excluant les membres issus de groupes non désavantagés ne devraient pas être considérées comme de la discrimination.

En revanche, l’approche dite décontextualisée considère que la discrimination réfère simplement au fait de traiter une personne sur la base d’une caractéristique immuable, en lui refusant de ce fait un traitement individualisé.

Ici, tant les personnes avantagées que désavantagées peuvent alors être victimes de discrimination. Les tenants de cette position présentent des personnes avantagées comme discriminées. Ils avancent des cas de « discrimination inversée » et contestent par exemple le fait qu’un événement particulier soit uniquement réservé à des personnes racisées ou à des membres de la communauté LGBTQ+. « En dépit de la popularité de l’approche contextualisée, celle du contexte invariable n’a cessé de gagner du terrain au cours des 40 dernières années. Et c’est ce qui explique que nous voyons de plus en plus de cas de “discrimination inversée” dans les cours canadiennes », souligne Léa Brière-Godbout, qui ajoute qu’elle s’est intéressée à cette question durant ses études aux États-Unis, où les juges ont commencé à prendre position sur ce type de revendications de groupes majoritaires. Elle souhaite désormais se pencher sur l’état de la réflexion et de la jurisprudence à ce sujet au Canada.

La bourse d’études Vicomte-Bennett a été créée en 1943 grâce à un don du très honorable vicomte Bennett, ancien président de l’ABC (1929-1930) et ancien premier ministre du Canada (1930-1935). Elle récompense chaque année un étudiant canadien particulièrement méritant. Le montant remis est de 25 000 $ et vise à encourager un niveau supérieur de formation, d’enseignement ou de déontologie en matière juridique.

Source : Nationalmagazine

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