Hommage à la professeure Lucie Lemonde

Hommage à la professeure Lucie Lemonde

Le Département des sciences juridiques de l’UQAM pleure le décès de l’une de ses membres éminentes, la Professeure Lucie Lemonde, survenu le 7 février dernier. Sur le terrain, loin des tours d’ivoire, Lucie Lemonde restera un modèle pour ses collègues, pour les nombreux étudiant.e.s et militant.e.s qu’elle a contribué à former, et pour l’ensemble de notre société.

Devenue membre du Barreau en 1974, Lucie Lemonde exercera d’abord le droit jusqu’à la fin des années 80. Elle se joindra au Département des sciences juridiques à titre de professeure à la fin des années 80, jusqu’à sa retraite en 2021. Lucie a obtenu un doctorat en droit de l’Université de Montréal en 1995, avec une thèse dont le titre annonçait déjà ce qui deviendra l’un des fils conducteurs de sa carrière: « L’Émergence et l’impact du droit carcéral ». Lucie fut en effet la première experte universitaire en droit carcéral au Québec, et elle a largement contribué à la naissance de ce champ du droit maintenant reconnu à part entière. Parallèlement, Lucie a présidé la Ligue des droits et libertés (LDL) de 1994 à 2000, concrétisant ainsi son engagement militant (terme qu’elle assumait pleinement) en tant que chercheure universitaire. Lucie a été vice-présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme de 1997 à 2004, ce qui l’amènera à intervenir sur le terrain en Afrique, en Europe de l’Est et en Amérique du Sud, où elle dénoncera les atteintes aux libertés et l’impunité. Soulignant l’impact déterminant des travaux de Lucie pour les droits des personnes incarcérées,  la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) lui remettra, en 2011, une mention d’honneur dans le cadre de son prix annuel « Droits et Libertés ». En 2015, le prix Pierre-Dansereau pour l’engagement social lui a été remis par l’ACFAS, qui a célébré la capacité de Lucie « de donner corps au droit à la fois comme une discipline scientifique et comme un moyen formidable de défendre son pluriel, c’est-à-dire les droits des individus comme des groupes menacés ». En 2019, l’Université de Sherbrooke lui a décerné un doctorat honoris causa pour « son engagement social et sa contribution remarquable à l’avancement des connaissances en droit ».

Lucie, pourtant, attachait bien peu d’importance aux honneurs, aussi mérités soient-ils. Se considérant à la fois comme universitaire et comme militante, Lucie a voulu, tout au long de sa carrière universitaire, allier la connaissance à l’action dans une perspective sociale, au service des droits fondamentaux de la personne et des collectivités. Présente sur de nombreuses tribunes, n’hésitant pas à sillonner les routes du Québec lorsqu’il le fallait, Lucie fut l’incarnation même de la chercheuse engagée. Le droit doit être « un outil de pouvoir et pas seulement du pouvoir », disait-elle. La contribution de Lucie à la naissance du droit carcéral fut loin d’être la seule. Lucie s’est impliquée très activement dans la lutte contre le phénomène des poursuites-bâillons. Ces actions judiciaires intentées par des entreprises visent à faire taire des individus ou des groupes de pression en les entraînant dans des procédures juridiques coûteuses dont ils ne peuvent assumer les frais. En 2009, le Québec a été la première province au Canada à adopter une loi pour mettre fin à ces poursuites. Plus récemment, Lucie est intervenue publiquement pour s’opposer aux tentatives de recriminalisation de l’avortement ainsi que pour défendre la décriminalisation complète de la prostitution et la légalisation de l’aide médicale à mourir. Au milieu des années 2010, elle entreprendra l’étude documentée – et la critique – du profilage et de la répression politiques, mettant en lumière leur effet délétère sur la liberté d’expression et sur le droit de manifester. L’engagement social de Lucie ne se démentira jamais – même lorsque, à quelques jours de son décès, elle signera dans la revue Liberté un article (repris ensuite dans Le Devoir) dénonçant les mauvaises conditions de vie des femmes détenues au pénitencier Leclerc.

Lucie fut aimée, respectée et admirée autant par ses collègues que par ses étudiant.e.s. En elle, ses étudiant.e.s ont trouvé une source d’inspiration et un modèle d’action. Plusieurs ont témoigné avec éloquence, au fil du temps, de l’influence de Lucie sur leur parcours. Au Département, Lucie fut une collègue impliquée dans tous les aspects de la vie départementale. Elle fut une mentor généreuse et bienveillante pour bon nombre de jeunes collègues qu’elle a accueilli.e.s. au fil des ans. Lucie fut remarquablement présente auprès de ses collègues, invariablement loyale, franche et généreuse de son temps et de son énergie.

L’UQAM et son Département des sciences juridiques « m’ont permis de lier mes préoccupations de justice sociale à mes intérêts de recherche », disait Lucie. Juriste rigoureuse et intellectuelle engagée, Lucie a incarné l’idéal qui anime notre Département depuis sa fondation: le droit peut et doit être un outil de justice sociale, au service de l’humain, de ses droits, de sa dignité.

Le Département des sciences juridiques adresses ses plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches.  

On peut faire un don en mémoire de Lucie :

  • À la Bourse Natacha-Binsse-Masse. Lucie fut à l’origine de la création de cette bourse, qui  récompense une étudiante ou un étudiant au 1er ou 2e cycle en droit de l’UQAM, pour son engagement social dans la défense des droits et libertés.
  • À la Ligue des droits et libertés.

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